Le jeu

Journal de tournage, dernière séance

Comme je l’ai dit à plusieurs d’entre vous dans les conventions, le script d’E/E est envoyé en validation. 70000 signes, ce n’est donc pas rien. Il a fallu encore plusieurs tests et les retours sont très positifs, et je suis bien plus satisfait du résultat qu’au départ. Nous avons bossé à deux sur ce projet – Tanguy Mandias a réalisé un gros boulot, réécritures après réécritures de tables aléatoires (décors, figurants, etc).

Je souhaite également tourner une courte bande-annonce vidéo d’ambiance pour promouvoir le projet. Le PDF étant gratuit, il pourra être largement diffusé et joué sans contraintes autres que la possession de Sombre n°1.

L’adaptation à mon jeu Mantra est cependant reportée à une parution séparée et ultérieure : au final il convenait mieux, pour la lisibilité de l’ensemble, de faire deux projets séparés à partir de la même base.

J’ai choisi une esthétique à base de photographies d’ambiance et dans le domaine public, et nous ferons une version A5.

Voici l’introduction et les crédits, pour patienter…

Etrange Empire est un film maudit, que l’on tourne encore et encore. Les acteurs changent, leurs rôles aussi : tous disparaissent corps et âmes dans un Hollywood factice, aux décors habités par les illusions de la célébrité.

Etrange Empire, c’est comme dîner en tête à tête avec le Diable dans un restaurant 5 étoiles. C’est conduire la nuit sur une route déserte, en prenant des Polaroïdes de sa berline qui crame en contrebas. C’est baiser une statuette des Oscars en hurlant à la fin du monde. C’est prendre une caméra, tuer un passant au hasard et filmer le tout dans les moindres détails.
Etrange Empire est un scénario de jeu de rôle rejouable  pour Sombre dans lequel les joueurs incarnent des acteurs prisonniers d’un film maudit. Leur vie ordinaire glisse lentement vers l’inquiétante étrangeté et ils se perdent dans un décor de cinéma dantesque. La partie dure environ 1 à 2 heures, le temps de raconter comment les acteurs se perdent dans leurs propres rôles et dans un tournage grotesque, dévorant et angoissant.

 

… en attendant la sortie officielle dans un mois environ, voire avant !

CASTING TANGUY MANDIAS DÉCORS ET EFFETS SPECIAUX TANGUY MANDIAS AVEC LA PARTICIPATION EXCEPTIONNELLE DE THOMAS MUNIER

MAQUILLEURS ORLOV JULIE GOURLAIN TRICKYTOPHE PHOTOGRAPHIE DOMAINE PUBLIC

MUSIQUE TRENT REZNOR & ATTICUS ROSS : GHOSTS I-IV SOUS LICENCE CREATIVE COMMONS (BY NC SA) INSPIRATIONS GLAMORAMA INLAND EMPIRE LOST RIVER THE NEON DEMON DOPPLEHERZ SHINING RESSOURCES & LOCAUX LE MANOIR DU CRIME PRODUIT PAR BATROGAMES ECRIT PAR BATRO ET TANGUY MANDIAS

RÉALISÉ PAR BATRONOBAN

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Journal de tournage, part 4

Enfin ! Je sais ce qu’est cet étrange empire : C’est un scénario rejouable, mais pas un univers ou un jeu à part entière. Après de nouveaux playtests avec à chaque fois des joueurs différents, après plusieurs réécritures, Etrange Empire a enfin trouvé son identité.

C’est un scénario rejouable sur le thème du cinéma et de “l’inquiétante étrangeté” pour Sombre et Mantra. Point. Cela fait du bien d’épurer le texte, de supprimer les règles superflues qui ne sont jamais utilisées durant les parties, et de mieux comprendre sous quelle forme ce projet est le plus efficace, le plus ludique et le plus pratique.

Rejouable, ça veut dire quoi ? Le scénario se construit autour d’une trame aux éléments variables, déterminés au hasard (intrigue, PNJs, décors, etc). Une trame doublée d’inspirations précises, d’une thématique forte et d’outils pratiques.

Je suis justement allé voir une exposition d’art contemporain inspirée du film “Mulholand Drive” de Lynch, et cela m’a apporté plein de nouvelles idées et détails pour améliorer le projet… dans le même temps, j’ai choisi une bande sonore prioritaire pour les playtests, un album instrumental sous licence libre, et pas n’importe laquelle : “Ghosts I-IV” de Nine Inch Nails. Electro-indus, un style parfait pour un tel scénario…au test, c’était idéal et cela a renforcé l’ambiance.

Les scénarios m’ont toujours bien plus intéressé dans le JdR que les guides d’univers ou les suppléments de règles. Pourtant ces scripts ont la réputation de ne pouvoir être rejouables par les mêmes joueurs. Je veux changer cela avec Etrange Empire ; en fait les joueurs pourraient même le lire avant de jouer sans leur gâcher le plaisir de la découverte. L’astuce c’est de rédiger une trame vague, portée par des éléments aléatoires, des règles qui génèrent de la fiction imprévisible (comme ma table des “Actions scriptées”), et enfin l’improvisation du meneur fait le reste pour lier tout cela de manière cohérente.

Journal de tournage, part 3

La semaine dernière fut l’occasion d’un premier crash-test. Voici les conclusions que j’en tire, sur une séance de deux heures, 3 joueurs et avec les règles de Sombre :

  • Il y a trop de petites règles complémentaires, je dois simplifier l’ensemble et pourquoi pas utiliser une seule table aléatoire pour des “effets spéciaux” plutôt qu’une table pour la caméra, une table pour les actions scriptées, etc.
  • L’ambiance est là, même à trois : j’avais décidé d’accepter trois joueurs, un de plus que les deux prévus, pour voir si cela fonctionnait tout de même. Au final leurs retours ont été concluants et l’ambiance était présente.
  • Il y a trop d’éléments bizarres dans l’ensemble, j’ai besoin de limiter les éléments surnaturels/étranges dans le texte.
  • Le scénario a été à la fois inspiré par les personnages créés, leurs problématiques, mais aussi par le générateur aléatoire de films maudits. J’ai utilisé à mon goût un peu trop l’improvisation : j’aurais aimé que le jeu porte plus que moi la session et les rebondissements.
  • La structure actuelle du scénario-type proposé ne fonctionne pas, il est trop compliqué pour une courte séance. Je pense qu’il vaut mieux lier l’intrigue jouée aux personnages ou, au contraire, définir une série d’intrigues spécifiques. Je ne sais pas encore. Cette séance tournait autour de l’errance de personnages dans une fausse ville labyrinthique, poursuivis par un Magicien et son horrible molosse.

Je suis donc parti pour une réécriture de ce premier jet avant le prochain test dans une semaine !

Autre remarque : j’ai ajouté à la suite de ce test une compatibilité avec mon propre jeu Mantra, car les thèmes des multiples personnalités et réalités sont parfaitement en accord avec le multivers de Mantra. Cela signifie que E/E sera un supplément pour deux jeux différents : Sombre et Mantra. Il est tout a fait possible de les mélanger (par exemple utiliser l’univers Mantra et les règles de Sombre).

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Journal de tournage, part 2

Plus j’avance dans la conception du jeu, plus je pense qu’ajouter une règle de résolution centrale avec des dés peut être pertinente. Un, cela me permettra de toucher un public plus traditionnaliste et deux, cela me permet de me concentrer sur des mécanismes spécifiques sans devoir écrire des tonnes de conseils sur le jeu sans règles. Trois, comme je veux publier Etrange Empire gratuitement, cela me permettrait de toucher un public assez vaste et qui pourrait investir dans un livre de base en plus.
Je pense au système SOMBRE (chez Terres Etranges), que j’apprécie et qui fonctionne très bien. Je dois discuter d’une licence 2017 avec Terres Etranges bientôt, de toute manière.
Le slogan “La peur comme au cinéma” de Sombre veut tout dire… et le mécanisme des cartes de personnalité qui se dégradent de plus en plus collerait bien avec ce que je veux faire.
J’ai prévu un premier crash-test à Montpellier avec des inconnus en février.
Examinons maintenant quelques mécanismes prévus pour ce premier jet :

– Les Rôles
Un joueur incarne un acteur, un personnage qui lui-même jongle entre trois rôles différents (parmi 20 propositions).
L’acteur peut utiliser les compétences de ses rôles pour augmenter les chances de réussite d’une action. Cela signifie que les règles considèrent les rôles de l’acteur comme “réels” !

– Actions scriptées :
Si un personnage utilise l’un de ses trois rôles pour s’aider dans une action, ou au contraire qu’il n’incarne pas de manière cohérente le rôle “actif”, la production du film resserre son emprise sur l’acteur.
Cela est simulé par une table aléatoire “d’actions scriptées”, c’est à dire des actions étranges que doit obligatoirement faire le personnage.

– Crazy Clown Camera :
Dans certains cas la caméra devient folle, et handicape le personnage : par exemple un effet de zoom sur les yeux de l’acteur va réduire (ou augmenter de manière peu pratique) son champ de vision.

– Le Magicien :
Le Magicien est le double du réalisateur, le PNJ favori du meneur de jeu. Inspiré du nain de Lost Highway de David Lynch, c’est en fait un espèce de “passeur” de “maître des clés”, de “démon des croisements”. Un personnage ambigu, qui aidera ou freinera les acteurs dans ce film maudit.
Le Magicien est créé aléatoirement grâce à un générateur spécial par le meneur de jeu au début de la partie.

– Coupez!
Les joueurs disposent d’une sorte de joker pour changer des détails ou couper une scène, et ainsi prendre un petit peu de contrôle narratif au meneur de jeu.

Journal de tournage, part 1

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L’idée est de créer un jeu de rôle dans lequel on incarne des acteurs, qui eux-mêmes incarnent des rôles, et qui se perdent dans un tournage maudit et angoissant.

Les inspirations : David Lynch (comme Inland Empire, d’où le titre du jeu), mais aussi Bret Easton Ellis (par exemple Glamorama) et surtout le concept de l’inquiétante étrangeté formulée par Freud. C’est le fait d’une situation normale, quotidienne, qui glisse lentement vers une réalité bizarre, surréaliste. Ce n’est pas surnaturel, mais presque.

Dès le départ j’ai décidé de ne pas utiliser de dés pour le mécanisme de résolution. J’ai déjà expérimenté le sans dés (et le sans règles, ou presque) avec Mantra, je voulais continuer l’expérience.

En fait il y aura des dés, sans doute à dix faces, mais ils seront utilisés pour des mécanismes secondaires, comme des éléments aléatoires à insérer durant la partie. Car oui, il y aura des tables aléatoires (décors, figurants, etc) pour aider le meneur de jeu.

Plus spécifique, le jeu est prévu pour trois joueurs dont un meneur de jeu appelé le Réalisateur. Le fait d’avoir seulement deux personnages permet de renforcer l’ambiance d’un film (avec deux rôles principaux, on va dire) et une partie plus intimiste, plus propice à l’ambiance qu’une bande de cinq ou six joueurs déchaînés.

Les parties s’étalent sur une heure et demi à deux heures maximum, comme un film classique. Des parties courtes pour du JdR, donc.